PATRIMOINE, QUELS ENJEUX ?

PATRIMOINE, QUELS ENJEUX ?

Qu’ils sont nombreux les adjectifs que l’on se plaît à accoler au nom « patrimoine » : patrimoines architectural, industriel, biologique, culturel, linguistique, immobilier… La liste n’est pas close et c’est…tant mieux.

Espace privé, espace public

En effet, si l’on s’attarde quelque peu sur les différentes dimensions que peut prendre cette notion, l’on constate qu’elle se rattache d’abord à l’individu, mais à un individu lié à une famille. En latin le « patrimonium » , c’est « l’ensemble des biens appartenant au pater familias ». Mais l’on parle déjà aussi à Rome, il y a 2000 ans, du « patrimonium populi », expression que l’on pourrait traduire par « trésor public ». Ainsi ce concept de patrimoine fait coïncider, déjà dans l’antiquité, des dimensions différentes : l’être humain bien campé sur ses deux pieds s’affirme quand il concilie l’apport de biens matériels et intellectuels venant de ses ancêtres mais aussi de la collectivité.

A partir du moment où les « patres », les ancêtres, sont mis à contribution c’est la place qu’occupe chacun d’entre nous dans son époque qui est en jeu. Le patrimoine est alors vécu comme un repère que l’individu cherche à distinguer : balloté dans un environnement qui ne cesse de se transformer, il lui faut planter des jalons qui le rattachent à son passé pour pouvoir mieux se projeter dans l’avenir. Que ce soient la photographie aux tons sépia représentant l’arrière-grand-père fièrement installé devant son commerce et entouré de ses employés ou le palais XVIIIème devant lequel l’on est passé pendant 40 ans pour se rendre à son travail, ces deux éléments qualifiés de « familial » pour l’un, d’ « historique » pour l’autre permettent de s’y reconnaître, de s’y retrouver.

Force est de constater que l’on n’est plus là dans un simple décor que l’on accepterait facilement de changer, chaque génération écrivant le nouvel acte d’une immense pièce intitulée « Histoire de l’Humanité » et décidant de se débarrasser du fond terni de la comédie jouée par la génération précédente pour le remplacer par un cadre plus actuel, moderne, dernier cri.

Fierté et solidarité, dialogue et marche en avant

Non, c’est au contraire une composante de durée, de volonté de transmettre ce dont l’on est parti- culièrement fier qui entre en ligne de compte. Que cela se joue au niveau de la famille, du quartier ou de la nation tout entière, il semble alors difficilement acceptable que soit balayé ce dont on est l’héritier et que l’on a plaisir à évoquer avec les autres. Voilà bien une autre perspective qui nous est offerte : rassemblés autour d’images communes, de références partagées, de souvenirs collectifs, l’ensemble des habitants d’un quartier affirment une solidarité qui renforce d’autant le corps social : vouloir défendre le patrimoine, c’est avant tout affirmer que l’on fait partie d’une communauté.

Cependant il n’existe de collectivité qu’à la condition qu’un dialogue sur les valeurs de chacun soit maintenu. Tous les individus n’ont évidemment pas, et c’est fort heureux, les mêmes critères pour juger de ce qui compte et de ce qu’il faut préserver. Une réflexion doit être menée sur la responsabilité que nous prenons face aux générations qui nous suivent tout en restant attentifs à ce que nos anciens ont su nous apporter.

Les associations, à la fois indépendantes et ouvertes sur l’ensemble des citoyens, sont un cadre tout à fait approprié pour porter ce débat. Elles sont un recours dans une période de méfiance face aux politiques, pour analyser les enjeux du patrimoine, concilier et harmoniser les avis tout en reconnaissant que sont toujours liées humanité et marche en avant.

Jacques Gratecos

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