[Edito] Lire pour réécrire la ville

[Edito] Lire pour réécrire la ville

Le livre récemment paru de Bernard Irrmann La Robertsau côté souvenirs emporte à juste titre l’adhésion des Robertsauviens. Bien sûr les nostalgiques d’un passé idéalisé sont satisfaits d’y voir représentée une société structurée par la vie de famille, les fêtes et le travail.

Pourtant, au delà de ce que certains pourraient considérer comme un grand album des familles de la Robertsau, cet ouvrage témoigne des valeurs fondamentales que l’on aimerait retrouver aujourd’hui, l’esprit de solidarité, le partage d’un espace public civil et religieux, la volonté d’implanter une éthique de quartier.

Edito

L’ADIR partage ces valeurs et c’est bien campés sur nos deux pieds, l’un dans le passé, l’autre dans l’avenir, que nous entendons défendre notre attachement à un mode de vie et revenir à une fluidité non seulement dans les relations entre les Robertsauviens mais aussi dans leurs rapports avec leurs élus. Aussi la population du Laüch attend-elle de pouvoir exprimer son désaccord sur la manière dont son quartier évolue. « Démocratie participative » ou « coconstruction » ne seront que des mots vides de sens tant que certains élus resteront figés dans les dogmes dont ils sont flanqués depuis leur entrée en politique.

Parmi les sujets qui fâchent celui qui a le plus affecté les habitants de notre quartier restera l’appui et la détermination sans faille apportés par la précédente municipalité à tous les projets de construction qui répondaient aux règles du PLU (Plan local d’urbanisme). Faisant fi de toutes les autres considérations et en particulier des attentes des habitants c’est seulement la doctrine affirmant qu’ « il faut construire la ville sur la ville » qui a triomphé. On peut d’ailleurs dans un premier temps se demander si cette justification affichée par certains décideurs qu’il manquerait 20.000 logements à Strasbourg est bien fondée. L’on attend de voir depuis des années par quel organisme et sur quels critères elle a été établie.

Il faut ensuite se poser la question : « Pourquoi continuer à construire à la Robertsau ? ». Un rapport intitulé Observatoire local des loyers du Bas-Rhin, réalisé en juin 2019 par l’ADEUS, ne révèle-t-il pas en page 11 : « La Robertsau a perdu en désirabilité en raison de sa situation excentrée et des difficultés d’accès à un autre mode de transport que la voiture ». Effectivement les propriétaires à Strasbourg louent plus difficilement et c’est bien pour cette raison que la Ville a dû lancer deux dispositifs, en 2016 « Mieux relouer mon logement vacant » et en 2018 « Louer pour l’emploi ». Ainsi la Ville elle-même reconnaît que plus de 2.000 logements restent vides depuis plusieurs années à Strasbourg et plus de 3.400 dans l’EMS et pourtant il faut toujours davantage bâtir.

Arrêtons donc de continuer à construire pour le bien de particuliers ou de grands groupes fortement imposés qui cherchent à défiscaliser et à se constituer un parc immobilier au risque de le laisser vacant. Il est urgent que certains abandonnent les doctrines périmées et s’attachent plutôt à la réalité des faits. Sinon « le village de maraîchers » deviendra « le village de Pinocchio ».

Jacques Gratecos
Président de l’ADIR

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