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Catégorie : Patrimoine

Menace sur le ‘’ Cœur de la Rob’’

Menace sur le ‘’ Cœur de la Rob’’

En 1990 la population de la Robertsau s’élevait  à 13500 habitants, en 1999 on  recensait 23 600 habitants dans le quartier (selon l’INSEE) .A l’heure actuelle on peut  estimer que l’emblématique village de la Robertsau  n’est pas loin de rattraper en population Schiltigheim, la commune voisine.

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© MH – projet pour le foyer St Louis

La Robertsau étant considérée comme  une des dernières réserves foncières de Strasbourg, nos successives  gouvernances municipales laissèrent  libre cours à la voracité des promoteurs. Rapidement  la cité des maraîchers  a vu ainsi disparaitre  les traces de son histoire patrimoniale et son charme d’antan. . Adieu la couleur des blés des  champs agricoles,  adieu les senteurs et  bruissements des  bosquets, adieu le charme des vielles  fermes et maisons de maraichers,  adieu  la ‘’Bleich’’ ,adieu les’’ Quatre vents’’ , adieu la ‘’villa WACH’’, qui seront  supplantés ou dénaturés par des bâtisses  sans  âme.

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Foyer Saint Louis : réunion publique pour des solutions alternatives

Foyer Saint Louis : réunion publique pour des solutions alternatives

L’ADIR avec le collectif « Un cœur pour la Robertsau » vous invitent à une réunion publique sur l’avenir du Foyer St Louis.

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Le jeudi 10 septembre 2015 à 20h00 au Centre Socio Culturel de l’Escale.

Avec le Collectif un cœur pour la Robertsau, vous exposerons les raisons qui nous poussent à proposer des solutions alternatives. Se sera également l’occasion de d’exprimer vos propositions.

Nous vous attendons nombreux au 78 rue du Docteur François à 20h00 le 10 septembre 2015

Vous pouvez télécharger le livre blanc avec des propositions concrètes sur le site http://www.uncoeurpourlarobertsau.com

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Foyer St Louis symbole de la Robertsau mal aimée ?

Foyer St Louis symbole de la Robertsau mal aimée ?

La situation est totalement ubuesque. Avec l’opération immobilière que la paroisse St Louis envisage sur le foyer elle va payer deux fois plus cher pour deux fois moins de service tout en portant atteinte au coeur de la Robertsau.

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Le foyer St Louis – Photo EJ

Alors qu’avec le foyer St Louis actuel, le public peut bénéficier de la plus grand salle de notre quartier, deux salles au premier étage, des petites salles de réunions au sous-sol,  une cuisine, un foyer club et surtout des locaux pour à l’usage de tous les scouts. Va-t-on tout détruire pour en avoir deux fois moins ?

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Histoire : Mélanie de Pourtalès, connue jusqu’au Brésil

Histoire : Mélanie de Pourtalès, connue jusqu’au Brésil

Un de nos fidèles lecteurs, Michel Beiger, créateur et ancien propriétaire du restaurant La Vignette de 1983 à 2003, nous a fait parvenir ce texte.

L’été dernier, de retour de vacances, mon goût pour les expo-
sitions m’amène à passer par Martigny, en Suisse, où la fondation
Pierre Gianada présente des œuvres du peintre Pierre Auguste Renoir.
Parmi les nombreux tableaux exposés, dont beaucoup de portraits, quel étonnement de découvrir une grande huile sur toile de 95 sur 77 cm réalisée en 1877 et intitulée « La Comtesse de Pourtalès née Mélanie de Bussière. » Hé oui, il
s’agit bien de notre Mélanie, à nous Robertsauviens, celle qui a donné son nom à une rue de notre quartier (rue qui mériterait d’ailleurs de s’appeler Rue Mélanie de Pourtalès ou Rue de la Comtesse Mélanie, pour honorer un peu plus dignement la mémoire de cette grande dame).

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Comment la Comtesse Mélanie a-t-elle rencontré Renoir qui, à cette époque, à 36 ans, est déjà célèbre et vit à Paris ? La réponse se trouve dans les bouleversements que l’Histoire a fait subir à notre région.

Après la défaite de 1870 et le Traité de Francfort qui livrait l’Alsace à l’Empire allemand, Monsieur de Bussière, le père de Mélanie, dut avec sa famille opter officiellement pour la nationalité française. Il put cependant continuer, ainsi que ses enfants, à faire de longs séjours en été et en automne à la Robertsau, dans le château qui restait sa propriété. A Paris, c’est dans leur hôtel particulier de la rue Tronchet qu’ils élurent domicile.

A la mort de son père, Alfred de Bussière, en 1887, Mélanie hérita du château de la Robertsau et en fit, jusqu’à sa mort en 1914, un véritable centre de culture en Alsace annexée et un lieu de rendez-vous pour des visiteurs prestigieux venus de France et de nombreux pays d’Europe.

C’est donc pendant la période de repli à Paris que Renoir brosse son portrait. En 1877 Mélanie a 40 ans, elle est encore belle, peut-être n’y retrouve-t-on pas la beauté qui se dégage du célèbre portrait de Winterhalter, alors qu’elle n’avait que 20 ans.

Un mystère subsiste : par quel hasard ce tableau s’est-il retrouvé en
Amérique du Sud où il est actuellement la propriété du Museu de Arte de Sao Paulo.

Michel Beiger

Parc Naturel Urbain (PNU) et cadre de vie ?

Parc Naturel Urbain (PNU) et cadre de vie ?

Comment comprendre le rôle d’une association à Strasbourg qui défend le Naturel et l’Urbain? Cela nécessite des explications, car le premier mot lu est « Naturel » alors que nous vivons dans une ville fortement urbanisée et en développement permanent.

Le PNU est une réflexion sur le devenir de notre espace de vie en partenariat avec la Ville de Strasbourg. Comment intégrer de nouvelles constructions tout en pré-
servant le naturel et le cadre de vie ? C’est la démarche principale du PNU.
Il est là pour proposer ce qui doit être protégé et libérer des espaces pour
accueillir de nouveaux habitants.

Signification du nom« Parc Naturel Urbain de Strasbourg »Rhin – Neustadt – Ill

« Parc » définit un périmètre indicatif de travail – voir image jointe -. Sont concernés les Quartiers de la Robertsau, des Quinze, de l’Orangerie, du Tivoli et du Wacken plus la Neustadt.
 « Naturel » toute la biodiversité de la faune et la flore, des espaces verts, des trames bleues de l’Ill, l’Aar, le Rhin, le Muhlwasser, le canal des Français et les différents bras d’eau dans la forêt de la Robertsau. Les jardins familiaux et
les parcs publics font aussi partie de ce périmètre de travail.


« Urbain », le cadre de vie des habitants et sa perspective d’avenir. L’urbanisation intégrée au paysage, l’agro-quartier, les secteurs et les bâtiments à protéger,
le patrimoine bâti.

Pour exemple, analyser et proposer des perspectives pour tous les déplacements dans cet espace de vie (Tram, Bus, Voitures, Vélos, Piétons, Bateaux…).

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Historique

La première mise en place d’un PNU à Strasbourg a été réalisée dans le quartier de Koenigshoffen, de la Montagne Verte et de l’Elsau à partir de 1996. Le PNU Ill Bruche ayant finalisé son travail avec la mise en place de parcours historiques le long de la Bruche et de l’Ill, et la sauvegarde de son patrimoine remarquable, il propose 7 circuits à parcourir à pied ou à vélo pour découvrir son étendue et les richesses qui le composent. Le Conseil de Quartier de la Robertsau  a souhaité prolonger le travail dans la partie Nord et Nord-Est de Strasbourg en suivant les cours d’eaux initiateurs du premier projet.

L’idée est née en 2013 lors de la réfléxion engagée par le Conseil de Quartier de la Robertsau sur la réalisation de l’Agro-Quartier dansl’espace agricole séparant Pourtalès des constructions existantes de la Robertsau. Comment combiner la
préservation du cadre de vie des habitants du quartier tout en réalisant un ensemble immobilier de 400 logements.

Les débats et la dynamique citoyenne

Outre son rôle de participante active à la réfléxion, au débat et aux apports d’idées, l’association PNU de Strasbourg a pour vocation centrale de porter et faire vivre la dynamique citoyenne pour une œuvre commune. Afin de lancer concrètement la démarche PNU Rhin Neustadt Ill, l’association a réalisé un document intitulé « Matrice Générale de Travail » qui va être soumis aux élus responsables de nos quartiers. Il n’a aucune prétention d’exhaustivité, mais se pose comme base d’une vision partagée des potentiels et des enjeux qui l’Echo permettront au PNU Rhin Neustadt Ill de contribuer à construire la ville de demain en respectant la nature. Des ateliers thématiques (Trame verte du Tram, Agro-quartier, trames bleues, patrimoine bâti…) seront créés et permettront à chaque habitant de venir participer aux débats et apporter sa contribution au développement de sa ville et de son quartier.

Bertrand Hirtz

Patrimoine : Le foyer Saint-Louis

Patrimoine : Le foyer Saint-Louis

La décision de la paroisse de vendre l’actuel foyer St Louis a donné lieu à de multiples protestations. Avec l’autorisation du Blog de la Robertsau, nous en citons l’une des plus pertinentes.

Commentaire de Marc Hoffsess à l’article « Foyer St Louis : sa fin de vie est programmée » du 27 juin 2014 sur le Blog de la Robertsau http://www.robertsau.eu :

Si ces projets se concrétisent, c’est un pan entier de la mémoire de notre quartier qui disparaîtra. Le foyer Saint-Louis, c’est 100 ans de vie associative, paroissiale, familiale, un lieu qui résonne encore des cris d’enfants scouts, des exclamations de joie des mariages, des éclats de rire des pièces de théâtre alsacien, des prières et chants oecuméniques lorsqu’il servait de lieu de culte durant les travaux des églises catholique et protestante du quartier, des invectives échan- gées lors des réunions publiques ou électorales,…

Qui, habitant de la Robertsau, n’y a jamais vécu de ces moments- là ? Le foyer Saint-Louis, c’est le « Bengeles » de la première moitié du siècle dernier, club de gymnastique, de basket, puis club de handball, oui, le FCJ – Foyer Club des Jeunes – qui deviendra l’ASL Robertsau, est né ici. Que dire des kermesses, des spectacles, des « gärtnerowe » et des « Saint- Fiacre », qui rythmèrent durant des années la vie de ce foyer ? Des générations de Robertsauviennes et de Robertsauviens ont vécu le Foyer Saint-Louis, pour des instants de joie, de partage, de peines aussi.

Qui acceptera que cette mémoire- là soit gommée ?

Ce serait la paroisse Saint-Louis elle-même, qui détruirait ce qu’elle a apporté à ce quartier ?

La paroisse Saint-Louis elle-même, son curé, ses animateurs, ses fidèles, qui effaceraient d’un coup d’éponge immobilière le supplément d’âme qu’avec son foyer, elle a apportée à notre quartier ? Ceci est proprement incompréhensible.

Le Foyer Saint-Louis doit demeurer, dans ses fonctions associatives, familiales, collectives et sociales. Il doit continuer à être ce lieu de convivialité et de rencontre, au service de notre vie collective, au coeur de notre quartier.

Quoi en faire ? Mais ce qu’il a toujours été !

On ne sait rien encore du projet de nouveau foyer, envisagé à côté de l’église. Mais ce nouveau foyer paroissial ne doit pas conduire à la destruction de l’actuel foyer Saint-Louis, que nous rêvons en lieu municipal de réunions, de spectacles, d’expositions et de rencontres, ouverts à toutes et à tous. Le foyer Saint-Louis, lieu patrimonial de mémoire collective, doit être considéré comme un lieu public, appartenant à tous. Puisque la paroisse se défait de cette responsabilité collective, il incombe désormais à ceux qui sont en charge de la vie de la collectivité, de ce fameux « vivre ensemble » dont on se targue tant, de le sauver.

Demande de protection au titre des monuments historiques

La Direction des Affaires Culturelles de la préfecture a répondu à la demande d’inscription au titre des monuments historiques de divers éléments du centre de la Robertsau, déposée par l’association Patrimoine et Modernité de la Robertsau.

« Par correspondance du 12 mars 2014 reçue à la conservation régionale des monuments histo- riques, vous avez souhaité que le foyer paroissial Saint-Louis sis 3 rue du Docteur Maurice Freysz puisse bénéficier d’une mesure d’inscription au titre des monuments historique au vu de son intérêt patrimonial et historique. Par ailleurs, je me dois de vous préciser que le Collège ainsi que le Presbytère catholique est en cours d’instruction… »

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Histoire du quartier du Tivoli à Strasbourg

Histoire du quartier du Tivoli à Strasbourg

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I. De la nuit des temps au 19ème siècle

Ce petit quartier, habité par cent cinquante familles environ, situé au nord de Strasbourg, juste avant le Wacken puis la Robertsau, se trouve actuellement cerné de grandes institutions prestigieuses. Ainsi au nord, le Conseil Régional, le Rhénus, le parc des expositions, le Maillon, au nord-est le Parlement Européen, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le Conseil de l’Europe, à l’est Arte, au sud les bâtiments de France 3 et à l’Ouest le Palais des Congrès. Associé dans cette même enceinte à la Cité Ungemach, le quartier du Tivoli bénéficie ainsi d’un ensemble de rem- parts prestigieux. On songe même à les renforcer par la création d’un quartier d’affaires, par l’agrandissement du Palais des Congrès et par la construction d’un nouveau parc des expositions à l’ouest.

De l’avis de tous, le quartier – malgré la proximité du centre ville – bénéficie d’un environnement très agréable, traversé par une rivière, l’Aar, bénéficiant d’un joli parc et présentant des maisons construites pour la plupart au début du siècle dernier, d’une architecture avenante.

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Strasbourg à la fin du 17ème siècle

Mais venons-en aux origines.

Comme le rappelle Eric STUMM, l’historien du quartier, jusqu’au Moyen-Age l’endroit est manifestement sauvage avec une ambiance de commencement du monde, un entre- lacs de bras d’eau non loin de la confluence entre le Rhin, l’Ill, la Bruche et – à l’est – la Kinzig, des marécages, des bancs de terre voyageant au gré des crues, des moustiques…

Nous sommes alors loin des murailles de Strasbourg qui s’élargissent néanmoins amplement entre le 12ème et le 15ème siècle. A la même époque, le Strasbourgeois ressent l’impérieuse nécessité de lutter contre les crues du Rhin, de le canaliser, ce qui a permis d’assainir le secteur par la construction de digues, de chéneaux d’évacuation et par la suppression de certains bras d’eau. Une végétation beaucoup plus stable se développe dans le secteur, qui deviendra un espace boisé. Les cours d’eau le parcourant accueilleront différentes familles d’échassiers, d’où vraisemblablement l’appellation originaire d’ « Ile Jars ».

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Plan de Strasbourg – 1775

Entre les 16ème et 17ème siècles, on voit l’installation à l’endroit actuel du Parc des Contades, du lieu d’entraînement de la confrérie des arquebusiers et des tireurs dénommé Schiessrain, l’Ile Jars en constituait le prolongement naturel.

En 1714 naît la première construction sur l’Ile Jars, celle réalisée par Antoine d’Andlau et son épouse Marianne Klinglin, appelée le château de l’Ile Jars.

Le 18ème siècle, c’est la période la plus prestigieuse du quartier. Les nobles, propriétaires ou occupants du château, parmi lesquels le Maréchal de Coigny puis le Marquis de Contades, eurent suffisamment d’influence pour accueillir l’intelligentsia française, tel Voltaire en 1753 qui a donné son nom à une des rues du quartier, et Jean-Jacques Rousseau, aperçu là en 1765.

Oserions-nous dire qu’à Strasbourg, devenue française depuis 1681, au goût de la fête doit être associé celui de la gastronomie ?

Nous en aurions un exemple au Tivoli puisqu’à cet endroit, le plat gastronomique français par excellence y est né : nous voulons parler du foie gras.

En 1778, le Marquis de Contades a embauché un jeune chef cuisinier, Jean-Pierre Clause, et a exigé de lui une cuisine résolument française. Clause s’exécuta et confectionna une croûte ronde, farcie de foie gras entier, complétée de farce de veau et de lard, le tout recouvert d’un couvercle et mis au four à feu doux. Ce fut un succès, une acclamation parvenue très vite aux oreilles du roi Louis XVI et du célèbre Brillat-Savarin. Jean-Pierre Clause poursuivit par la suite sa carrière de producteur de foie gras rue de la Mésange à Strasbourg.
Il demeure que nous pouvons affirmer, sans la moindre forfanterie, que le foie gras est bien né au Tivoli !

C’est à la même époque que le Maréchal de Contades a fait aménager un ensemble de parcs-promenades entre le parc des Contades, qui porte bien entendu son nom, et le Tivoli, encore enrichi au 19ème siècle par les initiatives du maire de Strasbourg Frédéric Schutzenberger.

A proximité immédiate l’activité maraîchère se développe à la Robertsau, mais aussi à l’emplacement de l’actuel Palais des Congrès. Entre les deux, l’île du Wacken voit se développer une importante activité industrielle, due à la présence de rivières et à la possibilité d’aménager des chutes d’eau. Déjà, en 1726, un moulin à papier, propriété de Louis-François Rousselot, est autorisé à s’y implanter.

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Carte du siège de Strasbourg du 8 août au 28 septembre 1870

En 1739, le Baron Louis Beyerle, directeur de la monnaie à Strasbourg, a obtenu l’autorisation d’y établir un atelier d’affinage de métaux précieux. Puis l’on vit s’installer une industrie de produits chimiques, la raffinerie alsacienne de sucre, ensemble avec la tannerie Herrenschmidt et les constructeurs de bateaux Pauli et Kientz. Finalement au 20ème siècle, on y créa un parc d’exposition.

Quant au quartier du Tivoli, désormais séparé du parc des Contades par la construction – au 19ème siècle – des nouvelles enceintes de la ville, il soignera jusqu’au milieu du 20ème siècle sa vocation de parc de loisirs, rapidement complété entre les années 1900-1920 d’une zone d’habitation sur laquelle nous reviendrons.

Carte du siège de Strasbourg du 8 août au 28 septembre 1870

II. Le Tivoli du 19ème siècle à nos jours

Dans notre précédent article, nous avons laissé le Tivoli au courant du 19ème siècle, ayant l’aspect d’un grand parc de promenade conjugué avec le parc des Contades. Durant la première partie du 19ème siècle, le maire Frédéric Schutzenberger a engagé une grande campagne de plantations d’arbres destinée à réaménager les parcs du Wacken, des Contades et de l’Orangerie. Dans ce cadre, le parc des Contades et de l’Ile Jars forment un bel ensemble d’espaces verts aménagés et très prisés par les Strasbourgeois, comme nous le rappelle Eric Stumm dans son livre consacré au Tivoli.

Citons à ce sujet la relation qu’en fait Frédéric Piton en 1855 :

« Quittant la porte des juifs après avoir dépassé les glacis de la ville, nous arrivons par le rond-point dans les jardins à droite et à gauche de la chaussée. Un chemin bordé de peupliers conduit vers Schiltigheim, en face une double allée nous mène à l’auberge du Schiessrain et vis-à-vis au Jardin Lips ; il y a sur la place beaucoup d’animation, des messieurs en redingote en conversation avec des dames élégantes en robes à crinoline, bien d’époque, accompagnées de leurs enfants ; dans la foule, des officiers de la garnison en uniforme de sortie ne passent pas inaperçus. En poursuivant nous arrivons au Jardin Kammerer où le chemin se termine par une haute charmille. Plus loin à gauche, le long d’un bras de la Bruche (l’Aar), à la limite de la séparation entre Contades et Ile Jars un beau café avec balcon appelé café d’été ; un bain en fait partie assidûment fréquenté durant la belle saison. En face nous apercevons au fond de son parc le château de l’Ile Jars. »

Maison du Tivoli (source : « Le Tivoli » d’Eric Stumm)
Maison du Tivoli (source : « Le Tivoli » d’Eric Stumm)

La guerre est déclarée entre l’Allemagne et la France le 19 juillet 1870. Après la capitulation, le 27 septembre 1870, les troupes allemandes entrent dans Strasbourg. L’administration allemande revoit entièrement l’urbanisme de la ville et bien entendu ses fortifications.

C’est ainsi qu’à partir de 1876, de nouvelles fortifications sont construites selon les plans du Maréchal Moltke et séparent ainsi pour la première fois le secteur de l’Ile Jars du parc des Contades, enfermé désormais derrière la volumineuse porte de Schiltigheim.

Durant la guerre de 1870, le château de l’Ile Jars a été très endommagé par les bombardements. Il fut reconstruit quelques années plus tard, puis divisé en deux parties, dont l’une fut habitée après la première guerre mondiale par le célèbre professeur Leriche.

Mais revenons-en au quartier du Tivoli qui, à la suite de la guerre, semble définitivement acquérir son nom. En effet, au Tivoli, la brasserie Gruber a ouvert un restaurant, haut lieu gastronomique, très fréquenté par la bourgeoisie, mais aussi par les étrangers en visite à Strasbourg. Le parc entourant le restaurant est agrémenté de différentes attractions, carrousels, balançoires, jeux de quilles et même un rocher d’escalade, pour le plus grand plaisir des enfants. Derrière le restaurant se trouve une très grande salle avec une scène spacieuse, un parterre, des balcons, le tout amplement décoré à la mode de l’époque, et pour- vue d’une maquette de Zeppelin accrochée au plafond. On y a accueilli des banquets, des fêtes de toute sorte, des bals organisés par les sociétés sportives et culturelles, des réceptions, des concerts …. Un kiosque à musique accueillait également des concerts en plein air.

Alors qu’en 1878, une grande partie des terrains du Tivoli avaient été expropriés par l’administration militaire allemande pour l’extension des remparts, les propriétaires d’alors, principalement la famille Schutzenberger, ont finalement été autorisés à utiliser une partie des terrains pour la construction d’immeubles d’habitation résidentiels, mais avec des conditions strictes :

  • les constructions ne pourront être que des villas avec rez-de-chaussée, un étage et des mansardes
  • interdiction d’y exploiter une auberge ou tout autre métier ou commerce

Ces ventes constituent l’acte de naissance du quartier du Tivoli et engendrent la création des rues telles que nous les connaissons encore aujourd’hui.

Les constructions ont été réalisées principalement entre les années 1900 et 1918. Après la fin de la première guerre mondiale, on peut noter la disparition des fortifications séparant le Tivoli et la ville et du restaurant créé par le brasseur Gruber, laissant place en 1939 au parc du Tivoli.

Tivoli3Depuis lors, le quartier n’a pas beaucoup évolué, preuve de la qualité de vie y régnant. Par contre son environnement immédiat a considérablement changé, à commencer par le Lycée Kléber, le groupe scolaire Branly, la maison de la radio, le Palais des Congrès, le parc des expositions du Wacken, puis les différents bâtiments du Conseil de l’Europe et du Parlement Européen, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le Conseil Régional, le siège d’Arte, le Théâtre du Maillon… Le quartier est ainsi ouvert aux visiteurs venant aux manifestations du Palais des Congrès et de la Musique, aux expositions du Wacken, aux spectacles de la maison de la radio et de la télévision, ou pour assister aux sessions du Parlement Européen… Visites à l’occasion desquelles ils peuvent apprécier le soin que les habitants du quartier ont mis à la préservation du patrimoine…

Pourvu que cela dure…

JPK

PATRIMOINE, QUELS ENJEUX ?

PATRIMOINE, QUELS ENJEUX ?

Qu’ils sont nombreux les adjectifs que l’on se plaît à accoler au nom « patrimoine » : patrimoines architectural, industriel, biologique, culturel, linguistique, immobilier… La liste n’est pas close et c’est…tant mieux.

Espace privé, espace public

En effet, si l’on s’attarde quelque peu sur les différentes dimensions que peut prendre cette notion, l’on constate qu’elle se rattache d’abord à l’individu, mais à un individu lié à une famille. En latin le « patrimonium » , c’est « l’ensemble des biens appartenant au pater familias ». Mais l’on parle déjà aussi à Rome, il y a 2000 ans, du « patrimonium populi », expression que l’on pourrait traduire par « trésor public ». Ainsi ce concept de patrimoine fait coïncider, déjà dans l’antiquité, des dimensions différentes : l’être humain bien campé sur ses deux pieds s’affirme quand il concilie l’apport de biens matériels et intellectuels venant de ses ancêtres mais aussi de la collectivité.

A partir du moment où les « patres », les ancêtres, sont mis à contribution c’est la place qu’occupe chacun d’entre nous dans son époque qui est en jeu. Le patrimoine est alors vécu comme un repère que l’individu cherche à distinguer : balloté dans un environnement qui ne cesse de se transformer, il lui faut planter des jalons qui le rattachent à son passé pour pouvoir mieux se projeter dans l’avenir. Que ce soient la photographie aux tons sépia représentant l’arrière-grand-père fièrement installé devant son commerce et entouré de ses employés ou le palais XVIIIème devant lequel l’on est passé pendant 40 ans pour se rendre à son travail, ces deux éléments qualifiés de « familial » pour l’un, d’ « historique » pour l’autre permettent de s’y reconnaître, de s’y retrouver.

Force est de constater que l’on n’est plus là dans un simple décor que l’on accepterait facilement de changer, chaque génération écrivant le nouvel acte d’une immense pièce intitulée « Histoire de l’Humanité » et décidant de se débarrasser du fond terni de la comédie jouée par la génération précédente pour le remplacer par un cadre plus actuel, moderne, dernier cri.

Fierté et solidarité, dialogue et marche en avant

Non, c’est au contraire une composante de durée, de volonté de transmettre ce dont l’on est parti- culièrement fier qui entre en ligne de compte. Que cela se joue au niveau de la famille, du quartier ou de la nation tout entière, il semble alors difficilement acceptable que soit balayé ce dont on est l’héritier et que l’on a plaisir à évoquer avec les autres. Voilà bien une autre perspective qui nous est offerte : rassemblés autour d’images communes, de références partagées, de souvenirs collectifs, l’ensemble des habitants d’un quartier affirment une solidarité qui renforce d’autant le corps social : vouloir défendre le patrimoine, c’est avant tout affirmer que l’on fait partie d’une communauté.

Cependant il n’existe de collectivité qu’à la condition qu’un dialogue sur les valeurs de chacun soit maintenu. Tous les individus n’ont évidemment pas, et c’est fort heureux, les mêmes critères pour juger de ce qui compte et de ce qu’il faut préserver. Une réflexion doit être menée sur la responsabilité que nous prenons face aux générations qui nous suivent tout en restant attentifs à ce que nos anciens ont su nous apporter.

Les associations, à la fois indépendantes et ouvertes sur l’ensemble des citoyens, sont un cadre tout à fait approprié pour porter ce débat. Elles sont un recours dans une période de méfiance face aux politiques, pour analyser les enjeux du patrimoine, concilier et harmoniser les avis tout en reconnaissant que sont toujours liées humanité et marche en avant.

Jacques Gratecos

La Bleich

La Bleich

bleich2Les associations ADIR et APM considérent que le bâtiment, sis 65 rue des Chasseurs, constitue le seul vestige des « Bleiche », blanchisseries qui, depuis le début du XVIIème siècle, avaient trouvé à la Robertsau toutes les conditions réunies pour l’exercice de leur métier : l’eau en abondance et des prairies, de grandes étendues à proximité pour le blanchissement de toile de lin écru. Elles ont saisi – le 8 février 2014 – le Maire de Strasbourg, d’un recours gracieux concernant l’ar- rêté du 30 décembre 2013 portant sur le permis de construire et du 6 janvier

Le 10 mars 2014 l’ADIR a rencontré Monsieur Glock afin de réitérer notre demande de maintenir la Bleich dans le cadre du projet d’urbanisme.

René Hampé

 

Patrimoine : Jardin d’Eden

Patrimoine : Jardin d’Eden

JARDIN D’EDEN

L’Association « Patrimoine et Modernité de la Robertsau – Environs et Alentours » (APMR) a déposé une demande de protection au titre des monuments historiques de l’ensemble composé du Collège, de l’Eglise Saint louis, du presbytère catholique et, non loin d’eux, reliés par la rue Charles de Foucauld, le foyer Saint Louis et les villas Oberthur. Ce document de 59 pages démontre que ces éléments constituent, par l’histoire de leur construction, un ensemble homogène et cohérent d’une architecture éclectique couvrant la période 1850 – 1910.

L’ADIR a versé ce dossier au Tribunal Administratif pour argumenter son recours concernant la modification du POS 35, plus précisément celle devant conduire à la destruction du petit parc attenant à l’église St Louis.

L’audience a eu lieu le 3 juin 2014. (en délibéré)

Dans notre dernière édition, nous avons exprimé notre souhait de connaître le contenu des tractations en cours entre la paroisse, la Ville et le promoteur.

Selon nos sources, l’opération devrait se dérouler de la manière suivante : vente et déconstruction du foyer Saint Louis, construction d’un ensemble de salles de réunion du nouveau foyer sur les parcelles appartenant à la paroisse.

L’ADIR et l’APMR, chacun pour sa part, ont demandé une audience auprès de M. Alain Fontanel, adjoint au Maire chargé du patrimoine. Affaire à suivre…

Réf : Association Patrimoine et Modernité de la Robertsau, Environs et Alentours 21, rue Charles Foucauld 67000 Strasbourg Mél : patrimoine.modernité@gmail.com

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Encore ce Kaysersguet !

Encore ce Kaysersguet !

L’entrée de la Robertsau présente le dernier témoin d’une « campagne » qu’entretenait la haute société strasbourgeoise du XVIIIème siècle : beaucoup de ces propriétés permettaient à ces familles d’échapper en moins d’une heure de trajet (il n’y avait pas de tram…) à l’univers urbain enserré dans nos fortifications où la taille des parcs d’agrément était forcément réduite.

Le domaine du Kaysersguet, du nom d’un de ses propriétaires fondateur des « Strassburger neueste Nahrichten » à la fin du XIXème siècle, présentait encore tous les attributs de ces campagnes, à savoir enceinte, demeure et parc avec ses ornements et fabriques ; aujourd’hui encore, malgré le vandalisme, tout peut encore être évoqué.

  • Le mur d’enceinte ceignait la propriété protégeant ce bout de paradis : il a été éventré, une grille détruisant l’effet de monde à part, n’existant que par son portail principal et par une entrée de service bien malmenée.
  • De la demeure, il n’en reste que l’évocation du volume, après l’adjonction arrière d’une construction récemment doublée d’une structure résolument « contemporaine ». La transformation de la façade au XIXème siècle, les percements maladroits de toiture après 1930 et l’évidement de son intérieur avec la disparition très récente de son escalier XVIIIème et de ses cheminées (mais où sont donc passés ces éléments … ?) expliquent tout.
  • Le parc pourrait encore rappeler les temps passés, mais il sera bientôt trop tard. Le tracé en est connu, de même que ses ornements et fabriques dont la qualité mérite tous les efforts de préservation : un pavillon de jardin de style néoclassique (déplacé avec réduction du parc grâce au tram), un petit édifice orné d’une très fine tête de sanglier, une petite orangerie étaient complétés par une serre très menacée, mais dont les structures, certes XIXème, rappellent celles, disparues, d’autres châteaux comme celui de Schoppenwihr près de Colmar. Une glacière bien conservée avec sa voûte de briques moulées a perdu l’édicule qui la surmontait, point d’observation en hauteur du parc. Un puits, vandalisé lui aussi, complétait ce petit univers peuplé de huit statues de grande qualité de sculpture, un des intérêts essentiels du domaine. Abîmées par l’érosion du temps après la perte de leur enduit protecteur qui devait évoquer le marbre, vandalisées par les travaux actuels et leurs déménagements successifs, elles mériteraient une restauration et leur remise en place dans le petit parc avec ses chemins, ses bancs et autres pots sur socles.

kayserguthOn le voit, il reste beaucoup de persuasion à distiller pour que ce dernier témoin d’une « folie » du XVIIIème siècle puisse revivre, magnifiée … peut-être … par la réutilisation des locaux.

La réponse de la municipalité de Strasbourg à la requête de la Société Pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace (SCMHA) est un « copier-coller » du courrier à une autre association, lettre peu rassurante surtout après le courrier très circonstancié de notre Société.

Cette Société œuvre depuis 1855 pour la sauvegarde du patrimoine alsacien, ayant regroupé à toutes les époques les personnalités les plus éminentes du monde de l’archéologie, de l’histoire et de l’histoire de l’art ; elle est à l’origine des collections du musée archéologique de la ville de Strasbourg et a présidé, avant la mise en place des services de l’État français après 1945, à la restauration de maint monuments insignes.

Actuellement, outre l’organisation de conférences et de visites, elle publie son bulletin annuel de grande qualité scientifique et surtout veut fédérer les efforts de protection du patrimoine en collectant les doléances des associations de défense pour les présenter efficacement devant les instances dont ses membres font partie.

Unissons nous !

Guy Bronner, Président de la SCMHA

NB : Pour adhérer à la Société pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace, adresser votre demande à la SCMHA – 2 Place du Château (Palais des Rohan) – Cotisation annuelle : 30€

Patrimoine : Le Kaysersguet

Patrimoine : Le Kaysersguet

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Depuis 2006 l’ADIR avec les Amis du vieux Strasbourg, puis, depuis 2009, avec l’ensemble des associations de la Robertsau, se bat pour la préservation du « Kaysersguet » : ce témoin du développement urbanistique de Strasbourg qui représente une des dernières « campagnes » égrenées au XVIIIe siècle hors des murs de la ville, lieux de villégiature établis dans la verdure de la Robertsau.

Il constitue un tout historique, un ensemble conçu agencé autour de la maison de maître, la survivance d’une collection d’édifices uniques et hors du commun, installé dans un parc dessiné pour le recevoir. L’installation de la pharaonique station de tram a tout d’abord amputé le parc d’une partie de sa surface. Puis l’élargissement de l’allée Kastner, pour permettre un accès à l’Agora du Conseil de l’Europe, nécessitait le déplacement des portails et de la laiterie qui, grâce à notre intervention, ont été reconstruits, mais en amputant une nouvelle fois la surface du parc.

Et enfin la transformation esthétiquement discutable de la maison de maître en « Lieu d’Europe ». Un arrêté portant permis de démolir à la fois de la serre et d’autres éléments du domaine a récemment déclenché une nouvelle « crispa- tion » des défenseurs du patrimoine.

Cinq associations (les amis du vieux Strasbourg, l’ADIQ, l’ADIR, l’APMR, l’AHCJ) ont déposé un recours gracieux contre cette nouvelle atteinte à cet exceptionnel ensemble. Ils ont été traités d’ignorants, et même pire, puisque l’adjointe de quartier et l’adjointe chargée des affaires européennes ont déclaré qu’il s’agissait là d’une affaire politique et que les associations étaient instrumentalisées par l’opposition municipale.

Loin de cette interprétation pour le moins réductrice, les 5 associations avaient parfaitement bien compris : c’est bien une démolition pure et simple qui était programmée. Contrairement à ce qui est affirmé, le permis de construire de 2012 ne précise pas que la serre « devra être

conservée » mais qu’elle devrait être « déposée ». En outre, le permis de démolir du 5 novembre 2013 mentionne bien une « démolition totale » sans aucune mention d’un éventuel remontage ultérieur.

La réponse du Maire à nos interventions conjointes :

  • Le puits en grès, endommagé lors des travaux du Lieu d’Europe, sera restauré pour retrouver son état d’origine,

  • La serre sera déconstruite avec soin afin de conserver les élé- ments de grès qui constituent actuellement l’entablement de la structure de la verrière et le couronnement du pignon central,
  • La démolition de la maisonnette implantée au Nord Est de la par- celle est reportée,
  • Le projet de réaménagement du parc sera engagé dans un délai raisonnable dans un processus de concertation avec les associations.

Les associations sont globalement satisfaites des engagement pris mais demandent également que soient conservées et restaurées l’armature de la serre, la maisonnette implantée en limite Est du Parc, la glacière et la faisanderie, sans oublier la « conciergerie », c’est-à-dire l’ancien bâtiment des domestiques.

Lors d’une conférence de presse le 20 février les associations ont réitéré leurs exigences.

René Hampé