Quand l’histoire d’une famille raconte l’histoire de notre quartier

Quand l’histoire d’une famille raconte l’histoire de notre quartier

Les amateurs de vieilles cartes postales sont gâtés lorsqu’ils se mettent en quête de photographies représentant les anciens cafés et restaurants de la Robertsau. En effet notre quartier en comptait au début du 20ème siècle un grand nombre dont la plupart ont aujourd’hui disparu. Cependant l’un d’entre eux est toujours debout, bien campé au début de la rue Boecklin.

aubonpasteur

Il se nomme Au Bon Pasteur connu avant 1918 sous le nom de Zum guten Hirten. Le pas-sant curieux, s’il daigne s’attarder quelques secondes devant le portail situé entre le restaurant et la boutique Toutou et Gros Minet, parvient à distinguer dans le fond de la cour un hangar d’un autre âge précédé d’un auvent. Qui sait à la Robertsau que ce lieu abrita jusqu’en 1902 un élevage de taureaux ?

Ne doit-on pas voir là non seulement la con rmation du caractère bucolique de notre quartier ? Le nom du restaurant Au Bon pasteur tout proche ? L’entrée dans le 20ème siècle fut fatal à l’élevage de taureaux et le nouveau propriétaire du lieu, Laurent Dorigo, préféra exercer son métier de charron, la fabrication et la réparation de chariots, de charrettes ou de roues répondant à la forte demande des maraîchers et des artisans du quartier.

En 1902 Laurent Dorigo décida de racheter le restaurant qui était contigu à son atelier. Son exploitation fut interrompue de 1914 à 1918.

Dès la fin des hostilités, la famille Dorigo reprit l’exploitation du restaurant et l’assura (en dehors d’une période de gérance de 1925 à 1935) jusqu’en 1975. Après cette date et jusqu’à aujourd’hui le restaurant est exploité par des gérants.

Après la seconde guerre mondiale chariots et charrettes disparaissent du paysage robertsauvien. De plus, dans les années 1930 une entreprise commercialisant huiles et essences du nom de SOCALINE s’est installée au tout nouveau Port aux Pétroles. Le ls de Laurent Dorigo qui, comme son père, s’appelle aussi Laurent Dorigo, tient à mettre, à partir de 1947 ses compétences de charron au service de cette entreprise qui va dans le sens de la modernité. Il décide de prolonger l’étable des taureaux utilisé comme atelier depuis le début du siècle par un hangar très fonctionnel en acier et en verre situé à l’arrière.

C’est l’heure de la reconversion et, après avoir tâté de la fabrication de valises, Laurent se lance dans la fabrication des portes et fenêtres. Et, comme il croit, bien avant l’heure, au circuit local, c’est lui qui équipe les grands immeubles de la rue du Dr Freysz que l’on appelait dans les années 60 la Cité Foucauld.

Après sa mort, en 1966, le hangar connaît diverses affectations et abrite successivement plombiers, vendeurs de voitures d’occasion et même d’automobiles de collection. A présent c’est Apollonia qui occupe ce magnifique lieu.

En effet Mme Josette Pfirsch, la très dynamique octogénaire qui avait participé à la bonne marche du restaurant jusqu’en 1975 avec toute sa famille et qui est actuellement propriétaire de tout l’ensemble immobilier formé par le restaurant, la boutique de toilettage et Apollonia, a tenu à redonner vie au hangar dans lequel son grand- père avait exercé son activité. Elle s’est enthousiasmée de la proposition de Dimitri Konstantinidis d’y abriter Apollonia-Echanges artistiques européens dont l’objectif est de promouvoir et renforcer les échanges artistiques, créant une véritable plateforme de coopération durable entre les pays européens, en particulier avec les pays d’Europe centrale et orientale, des Balkans et du Caucase du Sud.

C’est un local entièrement restauré, malheureusement abîmé par un incendie en août dernier, offrant un vaste espace d’exposition ainsi que des bureaux clairs que loue aujourd’hui Apollonia. Ce dernier avatar d’un élément patrimonial robertsauvien est à l’image de la transformation de notre quartier. Il en con rme le caractère international et lui donne de surcroît une nouvelle dimension culturelle.

Laissons à Josette Pfirsch le soin de nir l’histoire de ce lieu : « Je suis enchantée par la renaissance de ce lieu familial. Tout cela est bien pour la Robertsau, la culture et la renommée de notre maison. »

Jacques Gratecos

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